Lundi 30 mars 2009

J’accuse !

Lettre ouverte à Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement


 

Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, me permettez-vous d’attirer votre attention sur la condition désastreuse des jeunes diplômés en recherche d’emploi (et pas près d’en trouver un, à en croire les estimations) ?

 

Je suis l’heureuse détentrice d’un Master 2 en Communication et Multimedia depuis juillet 2008. Ah, le monde merveilleux de la com’… et ses multiples aspirants. Secteur engorgé depuis des années, il est le grand impacté de cette période de crise. Les annonceurs n’ont plus d’argent ? Le premier poste qui saute, c’est la communication. D’où restriction des services internes à leur strict minimum, et dégringolade collatérale chez les agences de publicité, qui voient les budgets  qui leur sont confiés s’étioler jour après jour... voire disparaître. Plus de postes disponibles, ni chez l’annonceur, ni en agence. Plus aucun ? Mais si ! La visite régulière de leurs sites Internet respectifs, couplée à celle, assidue, des job-boards, permet de dénicher le Graal absolu : l’offre d’emploi ! Celle qui correspond, point par point, à mes compétences et mes aspirations ! Je m’y vois déjà ! Mon bureau sera orienté plein sud (c’est feng shui), et la photo de mon labrador occupera mon fond d’écran (je plaisante, bien sûr : c’est la crise, je n’ai absolument pas les moyens d’entretenir un labrador oisif).

 

Sauf que pour décrocher le job, je dois me mesurer à plus fort que moi. Les plans sociaux successifs ont laissé sur le bord de la route de nombreux pré-seniors trentenaires, voire (attention, âge canonique) quadragénaires. Et que ceux-ci se retrouvent, bien malgré eux mais sans autre espoir de retour à l’emploi (et par là-même de financement de leur prêt-relais), à postuler à des emplois d’assistants, normalement réservés aux stagiaires ! D’où une surenchère dans le texte desdites offres d’emploi : pour être assistant, il faut maintenant justifier de 7 à 10 ans d’expérience professionnelle. Ce qui, quand on est un jeune diplômé, est épineux, vous en conviendrez. Et même si mes stages ont été très formateurs, je ne fais pas le poids face à un ex-directeur de communication. Et immanquablement, dans les trois jours qui suivent, je reçois un mail de condoléances : « Nous vous remercions pour l’intérêt que vous avez manifesté à notre entreprise. Malheureusement, et ceci ne remet en aucun cas en cause votre parcours professionnel de qualité, nous avons jugé qu’un autre candidat répondait mieux aux critères que nous avions fixés. Nous vous souhaitons malgré tout bonne chance dans vos recherches. »

 

Bon, pas de job, donc. Pas grave, en attendant je vais survivre grâce aux allocations. Ah… Ben non. Pour mon plus grand malheur, je n’ai que 24 ans (eh oui, avec une scolarité sans année de retard, on est diplômé bac +5 à 23 ans). Et je n’ai jamais travaillé, non, j’ai seulement effectué des stages. Et le fait que celui de ma dernière année d’études ait duré 10 mois, que j’aie été en entreprise du lundi au jeudi (et en cours vendredi et samedi) ne signifie rien. Une convention de stage, ce n’est pas un contrat de travail, point. Donc je résume… Moins de 25 ans et jamais travaillé… Bingo ! Restez à la case départ et ne touchez pas 400€ par mois !

 

Aïe, ça se complique. Pas de job, aucune allocation… Reste l’intérim. Dont les agences ont accepté mon CV uniquement par voie électronique (sur place, ils en ont trop, ils ne les prennent plus). Et en m’avertissant que de toutes façons, dans le tertiaire, il n’y a aucune mission en ce moment ; tout ce qu’ils peuvent me proposer, c’est du BTP. Hum. Avec mon 1m57 pour 56kg, qui de moi ou du sac de ciment est susceptible de l’emporter ?

 

Ah, je sais ! Au pire, je peux toujours faire un stage. Ca, des stagiaires, on en cherche en ce moment ! Mais… non, je ne suis plus étudiante, et les seuls stages proposés sont obligatoirement conventionnés. Bon, je pourrais toujours aller faire une inscription bidon en fac pour obtenir une convention, mais je n’ai tout simplement pas les moyens de payer pour travailler. Oui, je sais, j’y mets de la mauvaise volonté.

 

Voilà donc ma situation aujourd’hui. Je suis chômeuse (rien que le mot me fait honte) depuis six mois et demi. Bilan de mes candidatures : réponse à 282 offres ; 210 annonceurs ont reçu chacun quatre fois ma candidature spontanée ; et 294 agences de publicité ont elles aussi reçu ma candidature spontanée trois fois. Seulement six entretiens, qui n’ont pas abouti. Des demandes de travaux pour me tester, qui m’ont pris du temps sans me rapporter d’argent.

 

Mais cette lettre est longue, Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, et il est temps de conclure.

 

J’accuse la crise de mettre face à face des candidats expérimentés et d’autres en tout début de carrière. Les entreprises ne sont pas là pour faire du social, il est donc tout à fait compréhensible qu’elles privilégient les compétences établies au détriment des compétences à démontrer.

 

J’accuse Martin Hirsch d’être hors de la réalité, lorsqu’il déclare au micro de Jean-Jacques Bourdin qu’il n’est pas envisageable de baisser l’âge de l’accès au RSA, car il risquerait d’y avoir des abus. On choisit donc de priver les méritants à cause d’hypothétiques crapules.

 

J’accuse le Pôle Emploi d’être dépassé par la situation. Certaines réponses aux offres d’emploi sont pré-filtrées par des agents, qui sous prétexte de non-conformité à la totalité des critères, excluent des candidatures qui mériteraient d’être examinées. Et les coupes budgétaires ont réduit le nombre de remboursements de trajets domicile - lieu de l’entretien à trois par an ! Trois par an ! Le personnel du Pôle Emploi a-t-il déjà parlé avec un chômeur ?

 

J’accuse l’idée de « Travailler plus pour gagner plus ». Simplement travailler pour gagner, ce serait déjà formidable.

 

J’accuse le prétexte fallacieux du refus de la mobilité. Prête à quitter mon beau Sud-Ouest pour « monter à la capitale », cet Eldorado du demandeur d’emploi provincial, je ne peux pas ! Evidemment, une adresse parisienne sur mon CV découragerait moins les recruteurs. Mais quel propriétaire s’enhardirait à me louer un appartement alors que je n’ai aucun revenu ?

 

J’accuse l’opinion publique de considérer la masse des chômeurs comme une horde de traîne-savates en jogging molletonné et cheveu gras, avachis sur leur canapé et se complaisant dans la passivité de leurs allocations. Moi, je me lève tôt tous les matins et je m’habille comme si j’allais travailler, pour ne pas sombrer.

 

En portant ces accusations à travers différents média, j’espère provoquer une prise de conscience qui tarde à venir.

 

J’attends, Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, nous attendons de pouvoir enfin rajouter sur notre cv.doc un paragraphe de plus. Le premier d’une longue série.

Par miss rose - Publié dans : humeur du jour, bonjour
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